La Fayette

Focus – La Fayette

Livret La Fayette

Petite biographie
Humaniste, libéral, homme de progrès en avance sur son temps, irréductible combattant de la liberté, héros américain, à quatre reprises, il marquera de son empreinte l’Histoire du monde. Acteur incontournable de l’Indépendance des Etats-Unis, de la Révolution de 1789, de la chute de Napoléon et de la Monarchie de Juillet en 1830, il n’a jamais trahi sa cause ni sa caste. « Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un trône d’institutions républicaines. »
Glorieux héros à 20 ans, il toise les rois et les grands de ce monde. Profond admirateur du modèle libéral de la jeune démocratie américaine qui inscrit le bonheur du peuple en préambule de sa Constitution, il rêve de le voir fleurir dans son vieux pays ruiné qui hésite entre réformes et révolution. « Savez-vous que je suis républicain et que je regarde la constitution des Etats-Unis comme la plus parfaite ? » déclare-t-il au duc d’Orléans qu’il a fait roi.
Coauteur de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, défenseur du Suffrage Universel et de la séparation des pouvoirs, il lutte pour l’abolition de l’esclavage et le rétablissement des droits des protestants. Symbole de la liberté et de la justice, tous les opprimés d’Europe l’appellent à leur secours.
Incorruptible citoyen, infatigable démocrate, désintéressé, il ne recherche jamais un avantage personnel. Tour à tour adulé et haï, joué par les uns, trompés par les autres, il se dévoue à un seul parti, celui du peuple. Quand celui-ci dépose le pouvoir à ses pieds, il le refuse car il ne le recherche point, incapable qu’il est de s’adapter aux subtils méandres de la tradition politicienne.
René Belin

Grande biographie

Gilbert Motier, marquis de La Fayette est né en 1757. Il a hérité du titre de marquis à l’âge de deux ans, lorsque son père, un officier, a été tué au combat pendant la guerre de sept ans. Il a été élevé par sa mère et ses tantes au Château de Chavaniac, en Auvergne, dans une atmosphère de grande liberté. Il parcourait la campagne en compagnie des petits paysans du voisinage, il fortifiait son corps et il se forgeait à la fois un grand sens de la liberté, une grande connaissance de la nature… et une absence totale de préjugés de classe.

Il perd sa mère à 13 ans en 1770, son grand père quelques mois plus tard. Ce dernier lui laisse une immense fortune. Il étudie quelques années dans un collège parisien et fréquente brièvement la Cour. A 15 ans, il choisit le métier des armes et la formation des camps militaires de la Maison du Roi. Il se marie à 16 ans avec Adrienne de Noailles, elle-même issue d’une grande famille fortunée. C’est un mariage arrangé par le père d’Adrienne, mais il donnera lieu à un grand amour. Pour elle, ce fut un coup de foudre, suivi d’une passion qui durera toute la vie. Pour lui, ce fut au départ une affection qui n’empêcha pas de longues séparations et même quelques infidélités, mais qui se transforma au cours des ans en un amour de plus en plus fort, y compris au-delà de la mort d’Adrienne.

A peu près à la même époque, il est initié dans une loge maçonnique fréquentée par des nobles libéraux. Il y apprend à mettre en question les privilèges et les inégalités juridiques.

En garnison à Metz, il entend parler de la révolte des 13 colonies américaines de la couronne britannique, qui refusent de payer des taxes qu’elles n’ont pas votées. Elles se sont réunies en un congrès; elles ont créé une “armée continentale” formée d’un millier de volontaires plus ou moins hétéroclites dont elles ont confié la direction à George Washington. En 1776, chacune des colonies s’est constituée en État, et s’est dotée d’une constitution. En juin, la Virginie a adopté une déclaration des droits, inspirée par la pensée de Locke. Le congrès suit cet exemple et charge 5 personnes dont Thomas Jefferson et Benjamin Franklin, de rédiger un projet de déclaration d’indépendance.

Le 4 juillet le congrès proclame l’indépendance des Etats-Unis.

Ces nouvelles enflamment le jeune La Fayette. Pendant ses permissions, il fera partager à sa jeune épouse son enthousiasme pour la liberté des peuples telle qu’elle est en train de se réaliser en Amérique. En 1776, il se met en congé illimité de son régiment, avec la complicité active de son général le duc de Broglie,

qui caressait l’idée d’être appelé lui-même un jour à la tête de l’armée des insurgés. Il rallie à la cause américaine une petite troupe de gentilshommes.

En mars 1977, il achète un bâtiment, La Victoire, pour se rendre en Amérique avec sa troupe. Ce n’est donc pas seulement parce qu’il a envie de faire ses preuves sur un champ de bataille que La Fayette va se rendre en Amérique, mais pour aider cette démocratie naissante, qui le fascine, dans le seul domaine où il a quelque formation, le domaine des armes, sachant que l’armée américaine est beaucoup moins expérimentée que l’armée britannique.

Tout cela ne passe pas inaperçu du pouvoir. Or si Louis XVI voit d’un assez bon œil la révolte américaine, il ne tient pas à rompre le traité de paix avec l’Angleterre, signé quelques années plus tôt à l’issue de la guerre de 7 ans. Il mène une politique prudente vis-à-vis des insurgés américains et il se méfie de l’agitation incontrôlée de ce jeune noble. Il s’oppose donc à son départ. Mais La Fayette passe outre dans des conditions assez rocambolesques et embarque avec sa troupe dans le petit port espagnol de Pasajes.

Il lève l’ancre le 20 avril 1777. Il arrive avec sa petite troupe près de Charleston, le 15 juin. De là ils se rendent à dos de cheval à Philadelphie, le siège du congrès, qu’ils atteindront au bout d’un mois. Sur la route, il se familiarise avec les américains. Il en apprécie tout de suite les comportements chaleureux et dépourvus d’esprit de caste, mais il est  très négativement frappé par la découverte de l’esclavage, qui le choque profondément. Il combattra l’esclavage toute sa vie, notamment aux côtés de Condorcet et de l’abbé Grégoire dans la Société des amis des noirs.

Il arrive à Philadelphie le 27 juillet 1777, et rencontre un représentant du Congrès, qui reçoit assez mal la petite troupe, car le comportement d’autres volontaires français arrivés précédemment avait fini par agacer. Mais le Congrès avait été favorablement informé sur La Fayette par une lettre de Benjamin Franklin, qui était alors son représentant officiel en France, et il appréciait que La Fayette veuille assumer lui-même ses frais et ne demande pas de solde. Aussi nomme-t-il La Fayette major général, avec l’idée qu’il resterait à l’État-major de Washington comme aide de camp, mais n’aurait pas de commandement effectif. Il faut bien se souvenir qu’il avait alors seulement 20 ans.

Le 1er août, La Fayette rencontre Washington. La sympathie entre ce jeune homme de 20 ans et cet homme expérimenté de 45 ans est instantanée. Elle ne fera que se développer au cours du temps. Washington n’avait pas de fils et La Fayette n’avait pas de père. La Fayette devint, moralement sinon juridiquement, le fils adoptif de Washington, comme en témoigne leur correspondance et l’Histoire. Aux Etats-Unis, où il parait presque tous les ans un livre sur La Fayette, le dernier s’appelle “Adopted Son”, avec pour sous titre “Washington, La Fayette, and the Friendship that saved the revolution”.

Début septembre, Philadelphie est menacée. Une armée anglaise descend du Canada, et la flotte britannique dépose des troupes dans  la baie de Chesapeake. La décision est prise d’attaquer sans plus attendre les forces du général Cornwalis, qui se trouvent sur la ligne constituée par la rivière Brandywine, au Sud de Philadelphie. La Fayette demande à accompagner le général Sullivan, dont la  division est la plus exposée, et se trouve bientôt menacée d’encerclement. Bien qu’il ne soit pas supposé participer aux combats, il rassemble avec une énergie hors du commun les hommes qui s’enfuient tous azimuts. Il s’expose avec une rare audace, mais une balle lui traverse la jambe. Il tombe de cheval, se fait remettre en selle, et continue à regrouper les soldats, jusqu’au moment où l’hémorragie devenant inquiétante, il doit être évacué. Il devra être hospitalisé plusieurs semaines.

A la tête d’une armée hétéroclite de 11 000 hommes, mal équipée, Washington ne peut empêcher l’évacuation de Philadelphie devant une armée anglaise professionnelle, plus nombreuse et mieux entraînée. Il rassemble ses troupes à Valley Forge, au Nord-Ouest de Philadelphie. L’hiver est rigoureux. On y manque à peu près de tout. Il faut se débrouiller pour survivre. Le major général La Fayette, dont les équipées de sa jeunesse en Auvergne avaient aguerri le caractère, va partager les dures épreuves de ses subordonnés. Il s’impose par sa sobriété, son mépris du confort, sa générosité, son enthousiasme pour la cause.

A la fin de l’hiver, cédant à une cabale de quelques généraux, le Congrès perd temporairement confiance en Washington, donne directement l’ordre à La Fayette de se rendre au Canada, à la tête d’une troupe de 2 500 hommes, et de reprendre le Canada. La Fayette informe George Washington et n’accepte sa mission qu’à condition de rester au moins nominalement sous ses ordres. Cet acte de loyauté renforce encore la confiance entre les deux hommes. Mais arrivé à Albany, il ne trouve guère qu’une troupe de 1 200 hommes mal équipés, mal armés, et il informe le Congrès qu’il lui est tout à fait impossible d’accomplir sa mission dans ces conditions. Ceci mérite d’être noté, car plusieurs fois dans sa vie La Fayette a essayé de persuader le gouvernement de Louis XVI de récupérer le Canada. Les historiens français ont tourné en dérision cette “obsession irréaliste”. Notons au moins que lui-même avait su trouver la mission irréaliste lorsqu’elle l’était vraiment. Washington le soutient. Le Congrès annule l’expédition. Par un acte de bravoure inimaginable, La Fayette profitera néanmoins d’un rassemblement de tribus indiennes près de la frontière canadienne, pour aller les voir avec un trappeur et quelques officiers, et les rallier à la cause des insurgés.

le 13 septembre 1781, sa jonction avec Washington, qui amenait, avec lui, Rochambeau et une division américaine.

Il prend une part glorieuse à la bataille décisive de Yorktown, qui conduit à la capitulation de Cornwallis.

Il est temps pour lui de retrouver sa famille. Officier américain, il demande au congrès l’autorisation de rentrer en France pour servir son roi.

Il reçoit la médaille de Cincinnati et il est fait citoyen d’honneur des Etats-Unis. Une frégate, l’Alliance, est mise à sa disposition. Après des adieux émouvants à Washington, il quitte Boston, sous les vivats, le 23 décembre 1781.

Une fois en France, il va garder un contact étroit avec les Etats-Unis: par la correspondance, en recevant chez lui des américains séjournant à Paris, par exemple Benjamin Franklin, et même en accomplissant diverses missions pour les deux gouvernements.

Avec sa femme, il achète deux plantations à Cayenne pour y faire travailler des esclaves noirs afin de les émanciper. Il tente d’intéresser Washington à la question de l’émancipation des noirs, et il l’invite à venir en France. Mais c’est ce dernier qui va l’inviter à venir. Arrivé le 4 août 1784 à New York, il sera à Mount Vernon quinze jours plus tard et il y passera 11 jours. Il ira ensuite voir quelques amis. Sur le trajet, ce ne sont que foules enthousiastes, banquets et fêtes. Il ne repartira en France qu’en décembre, après avoir revu Washington pour la dernière fois.

Par Jacques de Guenin – avril 2008

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